Saveurs Ancestrales

Informations

Astrologie chinoise
Astrologie chinoise cochon
Signe astrologique
Signe astrologique
verseau
Couleur des yeux
Couleur des yeux
marron
Taille
Taille
162 cm
Couleur des cheveux
Couleur des cheveux
châtain
Nom :
Augusta Grandet
Naissance :
20 février 1899
Décès :
20 janvier 2001
Nationalité :
Française

Lieu de naissance

Lieu de résidence

Portrait

Je suis née le 20 février 1899 mon père Henri la Griffoul aux origines auvergnate était cordonnier et ma mère Marthe née Arnaudin native du Béarn de Bidache l'aidait dans sa tâche. Mes parents me mirent en nourrice à Aurillac j'y attrapais le verre solitaire car m'a-t-on dit je mangeais dans les écuelles des chiens!.
La boutique de mon père se situait 60 rue Sainte-Croix certainement rue Camille Sauvageau maintenant et mon enfance y fut heureuse, partageant mes jeux avec ma sœur aînée Jeanne et mes cousins germains pierre Lagrifoul (fils de Louis le frère de mon père) Henriette Aliment (fille de Jeanne, sœur de ma mère) Nous jouions beaucoup au papa et à la maman et surtout nous nous cachions dans les gros rouleaux de cuir que mon père entreposait dans le fond de l'atelier. Mon père ressemelait certes les chaussures mais il en confectionnait beaucoup sur mesure, ma mère en cousait les tiges sur sa machine Singer. Elle travaillait aussi pour d'autres cordonniers et elle l'emportait ses livraisons dans de grandes toiles noires.
Mon père était un artiste, il avait décoré les boiseries extérieures de sa boutique de guirlandes de fleurs et de feuilles. Il était aussi très très bon nageur et les jours d'été plongéait dans la Garonne de la passerelle du chemin de fer.<BR>Mes parents étaient vaillants à la tâche et voulaient que leurs filles aient une solide instruction. Je leur donnais beaucoup de soucis car j'étais de "petite santé" mais toutes deux, ma sœur et moi avons comblé leurs désir.Jeanne est devenue institutrice et moi après avoir fréquenté l'école Fiefée que dirigait de main experte ma tante Jeanne Alimen, j'ai décroché le brevet supérieur (l'équivalent du baccalauréat) à l'école primaire supérieur de la rue de Cheverus en 1918 je crois.<BR>Et je me suis retrouvée employé de banque au service des titres à la BNCI. Merveilleuses années, je parlais anglais et servais d'interprète au guichet de la banque auprès des soldats américains. Je me souviens bien de Bob Smith de Boston qui courtisait ma sœur.Avec mes collègues de bureau nous allions nous promener aux Quinconces, nous allions au grand théâtre, aux spectacles la tournée Tichadel Rousseau.<BR>C'est à la BNCI que j'ai rencontré Henri Grandet qui allait devenir mon époux. Il était un jeune homme très, très sérieux, un bourreau de travail. Quand il a quitté la BNC pour le CCF il a fallu mettre 4 ou 5 personnes pour le remplacer. Je l'ai beaucoup taquiné au bureau.
Nous nous sommes mariés le 23 août 1924. Depuis cette date j'habite dans cette même maison Le Chalet des Pins rue de La Tremblède, achetée et agrandie par mon beau-père aujourd'hui rue Georges Mandel.
En 1926, le 11 mai je mettais au monde mon fils Jean pour ma notre grande joie et celle de mon beau-père devenu veuf quelques temps auparavant.Ce dernier n'a pas connu ni Claude né le 30 décembre 1928 ni Henriette né en 1934 le 25 mai.
Que de belles journées avons-nous vécu avant la deuxième guerre mondiale. C'était à Gujan-Mestras chez ma tante Jeanne, à Cestas chez ma sœur, à Saint-Médard dans notre petite maison dans les bois. J'y ai soigné la coqueluche de mes deux aînés avec la tisane de bourgeons des pins et surtout à Lacanau Océan mon beau-père avait fait construire en 1908 une des premières maisons de cette station balnéaire. On allait pour Pâques et tout le mois de septembre. Henri n'aimait pas la plage, il préférait les balades en forêt et connaissait toutes les pistes, tous les pare-feux, toutes les maisons forestières.
En 1939 Henri a été mobilisé à la base aéronavale d' Hourtin, il y est resté jusqu'à la débâcle. Les années d'occupation ont été les plus lourdes à supporter, restrictions alimentaires, bombardements. Mes parents étaient venus s'installer chez nous avant la naissance d'Henriette, appartement séparé loué auparavant.
Ma mère m'a rendu de fiers services en particulier ou moi ayant contracté la scalartine elle a mené la maison avec dévouement.
Mon père avait recréé son atelier dans une pièce de la maison et grâce à lui nos chaussures étaient magnifiquement entretenues. Malheureusement, finies pour lui les petites stations chez Simon ou chez Bouscau, il est tombé dans la rue le 19 juin 1940 ,s'est cassé le col du fémur et est décédé en août.<BR>Années difficiles de l'occupation, Henri a mis en potager la plus grande partie du jardin, plus de poulailler mais des lapins. Jean a construit une belle cage pour cet élevage. Plus d'arrondis de la pelouse des topinambours, des tomates, des haricots, des pommes de terre(on touchait parcimonieusement des pommes de terre de semences)... plus de vacances à l'océan. Ma sœur Jeanne a accueilli alors à Cestas les enfants à tour de rôle.
Bref les enfants ont grandi nous donnant de par leurs études réussies fierté et grandes joies: Jean officier mécanicien de la marine marchande a parcouru les mers du globe, nous rapportant en ces années d'après-guerre encore soumises aux restrictions sacs de riz d'indochine , écheveaux de laine d'Australie ou régimes de banane de côte d'Afrique, Claude et Henriette étudiantes à l'université de Bordeaux sont devenues l'une professeur d'histoire et géographie l'autre ingénieur chimiste.<BR>Et nous avons retrouvé Lacanau interdit pendant toute la guerre et notre villa Stella Maris bien saccagée par les occupants. Les enfants s'y sont réunis avec leurs amis et je sais qu'ils y ont passé de belles journées, éprouvé des joies saines, des jeunes gens heureux, heureux de liberté, de joie de vivre, heureux d'entreprendre.<BR>Les années 50 ont été décisives pour eux et pour nous deux Henri et moi. La maison s'est vidé. Jean s'est marié en 1954, Henriette en août 1957, suivi par Claude en décembre de la même année. Cette dernière a alors quitté la région : 7 ans en Afrique puis la région parisienne avant de terminer sa carrière à la tête du collège de la rue Fieffé à Bordeaux, occupant le même appartement que ma tante Jeanne au début de ce siècle. Que d'émotions avons nous retrouvées, ma cousine Henriette et moi-même en parcourant les lieux de notre enfance d'écolières. Rien n'a vraiment changé!.<BR>Toutes ces années écoulées parcourues de peine et de joie. Le décès de ma mère en 1963, de ma sœur la même année, de mon cher époux en juin 1974. Il aura eu cependant le bonheur de voir l'arrivée de ses petits-enfants Sylvie Jean-Paul et Pierre chez notre fils Jean, Philippe et Christophe chez Henriette, Jean-Luc, Alain et Laurent chez Claude. Que la maison m'est apparue grande et vide après sa mort: 50 ans de vie commune scellent les êtres à jamais et tout dans la maison me rattache à lui. D'une mémoire prodigieuse et lecteur passionné, il est resté incollable en histoire et en géographie. Moi je préféraisr les chansons, les farces et attrapes, le petit nain et quelques fois les grimaces pour détendre l'atmosphère sévère du papa. Vingt-cinq ans qu'il est parti : c'est loin et c'est hier.<BR>Petit à petit je me suis enfoncée dans le grand âge et aujourd'hui j'ai 100 ans.<BR>Ai je vécu si longtemps? Ai je véritablement travaillé ce 20e siècle en entier ? oui sans doute quand je prends conscience de toutes les inventions, de tous les progrès qui ont simplifié, amélioré la vie: l'électricité, le transistor, l'eau courante, le chauffage central, le frigidaire, la télévision, le téléphone… et les hommes sur la Lune! N'est ce pas grisant pour moi qui ai connu l'eau à la pompe, le bec papillon, le poêle à charbon, la cheminée prussienne, le passage dans ma rue de l'orgue de barbarie, de la porteuse de pain et les deux tournées quotidiennes du facteur…<BR>Aujourd'hui le 20 février 1999 autour de moi sont réunis mes trois enfants ,mes 8 petits-enfants, mais8 arrière-petits enfants , mon neveu et filleul.C'est extraordinaire, inconcevable mais c'est une réalité qui me comble de bonheur.