Informations
Lieu de naissance
Lieu de résidence
Portrait
La grand-mère Eva! C'est d'elle que dépend ma mythologie! Tout l'opposé de ma grand-mère Angèle! tout de fort, les qualités et les défauts mais tout compte fait une maîtresse femme qui a souvent porté sa famille à bout de bras.
Fille aînée de Jeanty Ducourège, elle a dû connaître une enfance assez pauvre à l'époque où son père n'exerçait pas le métier de maquignon mais celui de maçon et où sa mère tenait une minuscule épicerie ce qui l'a distinguée des autres petites paysanne et que c'était une très bonne élève bien conseillée par les instituteurs successifs : monsieur Michaud le père de Madame de Villiers et Madame Sahue et l'amitié du vieux curé Mousson de la Nauze dont la grand-mère Françoise était la servante ( celle-ci a habité la maison que nous avons à l'époque où elle n'avait qu'un grand chais et deux pièces). Ce vieux curé lui avait appris un soupçon de solfège ou tout au moins a retrouvé la mélodie de quelques cantiques pour tenir l'harmonium à la messe le dimanche. Jeune, la grand-mère Eva devait avoir un caractère gaie et volontaire. Elle a toujours été bavarde, parfois avec humour, parfois avec colère. Quand elle épousa Ernest, elle avait tout juste 19 ans. Ce fut un été particulièrement chaud et le raisin était déjà mûr début août pour son mariage. Elle n'a jamais dû beaucoup travailler aux champs. mais elle a eu des activités très diverses et bien nécessaires pour subvenir aux charges de sa famille et aux dettes de son beau-père. En cela elle suivait les conseils de Madame Sahue l'institutrice qui lui montrait que les terres étaient trop petites pour faire vivre parents et enfants. Elle a tenu un petit café et même "elle faisait restaurant"! parfois pour des équipes d'ouvriers ou de paysans qui faisaient les chantiers. ou pour démonter ou pour des banquets, chasseurs ou anciens combattants, cuisine robuste pour de solides appétits avec sauce de volaille aux champignons, rôti géant. Je me souviens d'une mayonnaise qui ne voulait jamais prendre et qui utilisa tous les oeufs disponibles dans le village. Elle faisait d'excellents gâteaux de Savoie, des tartes, des crêpes de pommes de terre. Elle brodait et tricotait très très bien mais quand elle avait un ouvrage les corvées ménagères étaient laissées de côté sauf la cuisine et même pour ça elle commençait toujours en retard. Pendant plusieurs années elle décida car le grand-père Ernest ne prenait guère d'initiatives, qu'ils feraient des greffes pour planter leurs propres barails mais aussi pour vendre. Elle tint la première poste rurale du Palais triant le courrier que Monsieur Lafue distribuait et tenant la cabine téléphonique et le télégraphe ce qui lui permit de toucher une minuscule retraite quand toutes les vignes furent gelées.
Elle faisait les piqûres intramusculaire pour le village sans avoir reçu de formation particulière. En 1912 c'est elle qui voulut que son fils Robert aille à l'école surpèrieure, ou au cours complémentaire et quand son mari fut mobilisé comme il y avait plusieurs vieillards à charge à la maison mon père revint pour son plus grand bonheur labouer et cultiver les vignes mais pas qu'elle le put et en se privant surement beaucoup elle renvoya son fils à Périgueux ainsi que Louis le cadet. La nourriture de cette école était si infecte que chacun comptait les haricots dans son assiette sans se préoccuper des charançons. Beaucoup d'élèves furent malades dont Louis qui contracta une grave pneumonie. Mon père eut du mal à reprendre ses études mais quelle joie pour sa mère quand il fut reçu à l'École normale, puis instituteur: Louis lui fut reçu aux Arts et Métiers d'Angers. Au Palais, l'argent était toujours rare quand mon père fut à Néac il fut obligé de s'occuper du secrétariat de mairie et aussi de la comptabilité d'une boulangerie coopérative gestion à la mode et c'est Eva qui une ou deux fois par semaine prenait le car pour Neac et allait faire cette comptabilité (elle ne payait pas le bus qui passait la nuit sous le hangar) c'est ce qui la poussa à s'occuper ensuite de celle du Palais avec l'aide d'ouvrier boulanger. Un qui s'appelait Blanc ou Blanchet faisait très bien les soufflames ou fougasse et ensuite Raymond Couillandau.En 1939 quand il s'installèrent définitivement dans la maison près du chêne, logeaint à la maison un domestique homme et une bonne. Celle qui laissa le plus de souvenir c'est Lily Lafont que la grand-mère garda quand elle eut une fille de Clémenceau mais qui partit quand elle en a eu un second comme "journalière".Il y a eu la vieille Marie et surtout Arlette Moucheboeuf qui venait à la journée trainant derrière elle trois de ses quatre enfants sales et beaux. A 20 ans enceinte de la quatrième elle avait du quitter son ivrogne de mari qui la battait
Les lessives étaient toujours problèmatiques car la pompe était en panne, ou le bois pas coupé
il fallait aller à la rivière pour rincer la "lingée"
La fin de fin de sa vie fut assez triste. Quand le grand-père mourut en 1946 elle continua à exploiter les vignes avec l'aide de mon père mais les revenus étaient bien limités et le gel de 1956 obligea à arracher tous les cèpes, à supprimer les domestiques. A cette époque mon oncle Louis exploitait une scierie à Beaupouillé et il venait souvent coucher au Palais ce qui lui servait aussi d'alibi quand il avait quelques aventures galantes.
La grand-mère Eva souffrait de tension, suivait des régimes sans grand succès. En 1961 elle tomba paralysée, aphasique mais lucide et son agonie se prolongea 5 ou 6 mois soignés par ses enfants. La grand-mère Eva aimait de façon inconditionnelle ses enfants et petits-enfants mais elle n'était pas pour les familles nombreuses et quand Michel eut sa sœur elle disait "ah le pauvre enfant" ce dont je n'ai pas su ou pas pu parler et qui pourtant a empoisonné ma vie pendant des années ce sont les disputes, scènes qui avaient pour point de départ des incidents insignifiants et qui éclataient de préférence les jours de fête, en fin de repas quand tout le monde avait bien mangé et bien bu... C'était assez terrifiant pour ceux qui n'étaient que spectateurs,chacun allait chercher des vieux griefs de plus de 10 ou 20 ans, lançant des invectives définitives qui faisaient croire à une brouille, à une rupture des protagonistes, j'en avais réellement mal à l'estomac et quelques heures plus tard ceux qui s'était copieusement injuriés semblaient avoir oubliés. L'air du Palais devait y être pour quelque chose car Henri Lafue et sa mère Jeanne étaient encore plus doués dans ce domaine et que dire des Couillandeau mari et femme qui se menaçaient si gravement en plein air que l'on venait quérir mon père alors maire pour rétablir l'ordre!.
La grand-mère Eva porta perruque pendant 17 ou 18 ans de sa vie! elle devait ça à la grippe espagnole de 1918 et à sa conseillère madame Sahue qui en portait aussi et ce n'est qu'en 1936 qu'elle abandonna ce couvre-chef au moment du mariage de son fils Louis et elle se fit faire une permanente sur des cheveux peu abondants mais somme toute en bon état. Cette madame Sahue, amie et conseillère fut institutrice ensuite à Bordeaux elle fut aussi la conseillère de Madame Lafue et c'est grâce à elle, mais un peu trop tard que celle-ci fit opérer son fils à 5 ans de sa coxalgie. La rééducation fut très pénible d'autant qie le père et les grands-parents étaient très hostiles à ce traitement.
Autre institutrice importante dans la vie de la famille c'est Madame De Villiers (mademoiselle Roanne jusqu'à 40 ans) succédant à son père très pieuse et très sérieuse et qui épousa un comte desargenté. Ayant perdu ses parents, elle demanda à ma grand-mère de lui servir de chaperon alors qu'elles étaient du même âge. Et c'est en voiture à cheval que le conte de Villiers fit sa cour à sa fiancée quadragénère, si bien élevée, si timide et si troublée qu'à un repas chez un vieil oncle où elle venait présenter son prétendant alors qu'on lui proposait de se servir de saucisses elle répondi